> Le handball dans un fauteuil

Rédigé le 26/02/2017.

La section hand-fauteuil du Fonds de dotation du Sélestat Alsace Handball (SAHB) organise ce week-end la seconde édition de son tournoi annuel, auquel participe une dizaine d’équipes. Avec la volonté de faire évoluer une pratique encore méconnue.

Avant de monter hier midi dans le bus en direction de Chambéry, qu’ils affrontent cet après-midi (16 h) en 1/8e de finale de la Coupe de France, les handballeurs du SAHB se sont arrêtés quelques instants au CSI et au Cosec pour encourager leurs camarades de la section hand-fauteuil, qui disputent ce week-end un tournoi.

Rudy Seri, venu plus tôt que les autres, a même pu s’essayer à la pratique d’un sport franchement pas évident : « C’est hyper cardio, il faut pousser le fauteuil, multiplier les allers-retours. J’ai dit en rigolant à Julien ( Julien Antoine, responsable de la section hand-fauteuil du SAHB ) qu’il faudrait qu’on s’entraîne avec eux, même si dans le maniement du fauteuil, ils seraient bien plus rapides que nous ( sourire ). En tout cas, les gens ne se prennent pas la tête et c’est ça qu’il faut retenir. »

« On nous colle l’image de handball loisir, mais les gars qui font du hand-fauteuil sont des compétiteurs »

Le tournoi regroupe sept clubs ( lire encadré ) parfois venus de loin comme le HBC Canteleu. « C’est dans l’agglomération rouennaise ; c’est là où on a brûlé Jeanne d’Arc, ça situe », sourit Laurence, une des accompagnatrices du club. « Les autres sont parties faire du shopping à Sélestat et Colmar pendant que nous on en ch… », sourit Guillaume, un des douze joueurs de l’équipe. S’ils ont parcouru les 600 kilomètres qui séparent les deux communes, c’est « tout simplement pour jouer au hand-fauteuil » car la pratique reste encore relativement confidentielle en France.

Le hand-fauteuil est officiellement placé sous l’égide de la fédération française de handball, mais il n’existe aucune compétition officielle. « La France vient d’organiser les championnats du monde de handball, et on n’a pas vu une image de hand-fauteuil », fulmine Laurence. Pour exister et « faire bouger les choses », selon Guillaume, les clubs ont directement pris les choses en main en organisant un championnat non-officiel, sous forme de challenge (lire encadré).

« On nous colle l’image de handball loisir, déplore un dirigeant de l’US Lons-le-Saunier, mais je peux vous assurer que les gars qui font du hand-fauteuil sont des compétiteurs.» « Le handball est plus dur en fauteuil car il est plus difficile de se coordonner », dit ainsi Matthias, ancien handballeur valide, aujourd’hui à mobilité réduite, qui a récemment rejoint l’équipe du SAHB ( lire ci-dessous ). Thomas, 37 ans, et Gabin, 12 ans, valides tous les deux, se souviennent encore de leur premier entraînement en hand-fauteuil au SAHB. « En rentrant à midi, je n’arrivais plus à lever mon verre », assure Thomas.

Sylvain, de l’US Lons-le-Saunier, est un ancien rugbyman qui, lors d’une rencontre, a reçu « un mauvais coup de crampon » qui a fini par lui gangrener la jambe. « Quand j’ai appris que ma jambe était foutue, j’ai pensé à en finir », confie-t-il. Puis il a découvert le hand-fauteuil, qui l’a aidé à reprendre goût à la vie.

« Certaines personnes en situation de handicap ne peuvent plus jouer au handball autrement qu’en fauteuil, fait remarquer Sébastien Roulin, alias Moustique, responsable (valide) de la section hand-fauteuil de l’US Lons-le-Saunier. Personnellement, mon rapport au handicap a été libéré par le hand-fauteuil. »

Article DNA Florent Estivals

Photo DNA Jean Paul Kaiser