> Pourtant le "héros" était malade !

Rédigé le 10/02/2019.

Il a fallu un coup de génie de Gabriel « Gaby » Nyembo, vendredi soir, dans les dernières secondes du match contre Limoges, pour que Sélestat mette un terme à sa catastrophique série et retrouve enfin le sourire (28-27).

Ce qui s’est passé vendredi sur les coups de 22 h au CSI de Sélestat est exceptionnel. Tout d’abord parce que le SAHB a gagné un match de championnat, ce qui ne lui était plus arrivé depuis quatre mois et onze journées. Ensuite parce que le dénouement avait tous les ingrédients d’un film à suspense. Enfin parce que les sourires sont revenus sur tous les visages. Sur ceux des joueurs, bien sûr, mais aussi ceux des spectateurs, des dirigeants et de toutes ces personnes qui donnent leur énergie au SAHB.

« Pour un club comme le nôtre, une victoire, c’est le salaire de nos bénévoles », lançait le président Vincent Momper, aussi radieux que soulagé par ce happy end qui a mis du baume au cœur des petites mains qui œuvrent à faire de chaque match une soirée agréable.

Cette fois, elles ont été payées en retour. Ça valait bien le coup d’attendre. Et de vivre ce moment palpitant qui restera gravé comme l’un des plus forts dans la longue histoire du club.

Si le mérite de ce succès in extremis en revient à son auteur, il est aussi le fruit d’une volonté commune, d’un effort collectif, d’une abnégation sans faille susceptible de relancer une équipe qui n’avait jamais traversé de telles turbulences et qui a enfin vu le mauvais sort s’inverser.

Car qui aurait misé une pièce sur une victoire sélestadienne alors que l’habituel scénario catastrophe s’était enclenché quand Limoges est repassé en tête à trente secondes de la fin ? « Personne n’imaginait alors qu’on allait gagner ce match , confirme Gabriel Nyembo. À tout casser, on pouvait encore égaliser… » Le jeune pivot sélestadien (21 ans) ne le savait pas encore, mais il allait devenir le héros de cette soirée. La veille, il ne s’était pourtant pas entraîné, affaibli par une gastro-entérite. L’occasion pour cet adepte de la NBA de regarder la fin du match entre Boston et les Lakers, conclue par un « buzzer beater » de Rajon Rondo à deux dixièmes de la fin pour offrir une victoire sur le fil à Los Angeles.

Prémonitoire ? Peut-être. Car quelques heures plus tard, le pivot des Violets allait, à son tour, jouer les sauveurs. Son coéquipier Kosta Savic venait d’égaliser à treize secondes de la fin et il fallait défendre ce maigre point en guise de consolation. Et, surtout, s’éviter une nouvelle désillusion.

« Je m’aligne en gardant Ternel dans un coin de l’œil. Quand survient la passe, je me retrouve sur la trajectoire sans même avoir besoin de faire quoi que ce soit. On m’a pratiquement donné la balle » , narre le voleur. Il reste alors une poignée de secondes. « Je n’ai pas réfléchi. J’ai couru, tout simplement. Comme un réflexe. Arrivé au milieu du terrain, je lève la tête et je vois qu’il reste trois secondes. Je me rends compte que je n’ai plus le temps d’aller jusqu’au but. Je fais donc gauche, droite, gauche, je saute et je tire. Il me reste un soupçon de lucidité pour me dire que, côté droit, ça ne va pas rentrer. Du coup, j’envoie la balle vers le coin gauche en y mettant tout ce qui me reste. Et bon… C’est rentré ! »

Sur ce coup de génie à l’instinct, Gaby délivre les siens et s’écroule. « En préparant ce match, je me suis dit ‘‘J’ai une heure à donner avant de rentrer dormir’’. Donc, au moment où ça sonne, mon cerveau s’éteint. L’heure était écoulée… » Mais autour de lui et dans les travées, le délire était total. « Ça fait du bien au moral, du bien aux têtes. Je suis persuadé que ça peut nous relancer. »

Ces quinze dernières secondes, n’effaceront pas les quatre mois d’errance. Mais ils vont peut-être permettre de chasser les idées noires.

Article Journal L'Alsace / DNA 

Photo : Photohand - T. Babinot